From Faustian Pacts to Democratic Guardrails: Teachers Take the Lead on AI
Bienvenue à toutes et à tous. Merci à nos affiliés danois – à BUPL pour l’accueil et à GL pour le soutien à l’organisation de cette conférence importante ; et merci à vous, collègues et invités, d’avoir pris le temps d’y participer.
Collègues, un bon enseignement existe entièrement indépendamment de l’intelligence artificielle. Un bon enseignement ne dépend pas de l’IA, n’en est pas une émanation et n’est pas généré par elle. Quand l’IA n’existait pas du tout, un bon enseignement prospérait. Aristote et Platon s’en sont plutôt bien sortis, sans tablette à l’horizon.
L’IA est un outil, rien de plus. Contrairement à ce que les entreprises Ed-Tech et leurs thuriféraires voudraient nous faire croire, ce n’est pas la pierre philosophale transformant le métal brut de notre enseignement centré sur l’humain en or « activé par l’IA ».
Il est clair que c’est un outil puissant. Sa fonctionnalité peut apporter une contribution et, utilisée avec prudence, soutenir enseignants et apprenants. Cependant, ce doit être aux enseignants, en s’appuyant sur leur jugement professionnel et leurs connaissances pédagogiques, de décider si, quand et comment utiliser l’IA – comme pour tout autre outil déployé dans un cadre éducatif.
Les entreprises Ed-Tech ont engagé des coûts massifs et grotesques dans une course effrénée pour être en tête du peloton, pour être les premières à mettre leur produit sur le marché, tout en vendant l’illusion que ce qu’elles proposent est magique et indispensable.
Leurs propriétaires ultralibertaires, surtout ceux basés aux États-Unis, veulent franchir toutes les barrières réglementaires, quel qu’en soit le coût pour les nations, les sociétés et les citoyens. Pour atteindre leurs objectifs, et sans scrupules, ils concluent des pactes faustiens avec l’administration américaine actuelle, en flattant ses impulsions et son agenda antidémocratiques.
Pour survivre à la purge qui pourrait être imminente, ils ont besoin d’un retour sur investissement et font des efforts considérables pour nous affoler, nous précipiter et nous pousser vers leur marché, afin que nous achetions leur produit très coûteux à développer. Leur objectif est la part de marché et la domination – générer des profits pour les actionnaires et éviter d’être cannibalisés par leurs concurrents.
Ils nous ont identifiés – nous tous : enseignants, universitaires, chercheurs, étudiants, établissements d’enseignement, autorités municipales, directions d’école, chefs d’établissement, recteurs, agences gouvernementales et gouvernements nationaux – comme leur marché cible.
Ils n’ont aucun engagement intrinsèque envers nos valeurs éthiques, culturelles ou éducatives, envers l’éducation en tant que bien public, envers l’équité et l’inclusion, envers le contrat social ou, semble-t-il, envers la démocratie. Au mieux, ils sont indifférents, au pire, virulemment hostiles à nos valeurs. Ils prononcent de belles paroles sur la qualité et l’égalité dans l’éducation, mais ces mots sont dits « du bout des lèvres » – sans sincérité ni conviction ; simplement un appât ; les paroles du renard prêt à piller le poulailler ; une création du département marketing. Leur engagement est envers le profit.
Notre engagement est fondamentalement différent. Nous – en tant qu’éducateurs, en tant que dirigeants des syndicats représentant les éducateurs, en tant que CSEE – la famille des syndicats de l’éducation dans la région européenne – avons le devoir d’agir activement et stratégiquement :
- défendre et promouvoir notre vision centrée sur l’humain d’une éducation publique de qualité pour tous,
- défendre les principes européens, l’autonomie européenne, la compétence nationale et la cohésion sociale,
- protéger le droit humain de tous nos élèves à une éducation publique de qualité, fondée sur les principes d’équité, d’égalité, d’inclusion et de transparence,
- défendre et promouvoir la prise de décision collégiale et démocratique dans et pour l’éducation, et
- empêcher la privatisation d’un bien public, sa colonisation par des intérêts privés.
Nous sommes également, collègues, liés par nos valeurs et nos politiques du CSEE à protéger la démocratie, à promouvoir une citoyenneté informée, critique et participative contre les forces populistes, d’extrême droite, impérialistes et fascistes qui trop souvent et très dangereusement ont fait cause commune avec le cartel des Big Tech, les oligarques de la technologie.
C’est pourquoi cette rencontre n’est pas simplement une conférence de projet. Votre présence ici n’est pas pour la photo, n’est pas une participation performative. Elle a un objectif véritablement sérieux.
Nous ne sommes pas ici pour énumérer nos malheurs ou dérouler une litanie de préoccupations ou de difficultés et d’obstacles aux niveaux local ou national. Notre objectif va au-delà.
Nous avons une politique claire et forte. La conférence du CSEE à Budva nous a donné cette politique. L’impératif maintenant est de la mettre en œuvre. Il est nécessaire et urgent de l’activer dans chaque pays où une organisation affiliée au CSEE est représentée.
La conférence d’aujourd’hui a donc un objectif stratégique impérieux :
- comprendre et établir l’état actuel des lieux et de la préparation – ou de la panique – dans nos juridictions respectives,
- identifier et opérationnaliser des actions stratégiques clés, et pas seulement ou principalement au niveau international/CSEE.
Dans chaque pays, les syndicats de l’éducation locaux doivent décider et mettre en œuvre des actions stratégiques clés, doivent rendre impossible pour les gouvernements, employeurs, directions ou institutions de rendre obligatoire l’utilisation ou le déploiement de l’IA dans l’éducation sans l’implication structurée des syndicats de l’éducation, sans écouter la voix de la profession dans les processus décisionnels clés – qu’ils concernent l’administration, la protection des données, les achats, l’évaluation, la sélection, l’affectation, le programme ou la pédagogie.
Tout projet d’achat ou de déploiement de technologies activées par l’IA dans le secteur éducatif doit être considéré, évalué et traité à la fois comme une question de relations professionnelles et comme une question professionnelle, et doit être interrogé en profondeur avant de procéder.
Nous savons bien que beaucoup de nos membres et de nos étudiants utilisent l’IA, s’y intéressent et, parfois, sont séduits par certains aspects de sa fonctionnalité. Pour les enseignants, l’IA peut rationaliser certains éléments bureaucratiques fastidieux et chronophages qui détournent de la véritable finalité professionnelle. Cependant, il existe un risque de déléguer sa responsabilité professionnelle à l’IA. Pour les étudiants, la perspective de raccourcis pour terminer les devoirs et réussir les examens est une tentation.
Nous devons donc chercher à identifier, avec précision et objectivité, le potentiel légitime des technologies activées par l’IA et conseiller et guider tout le monde vers une utilisation appropriée et loin d’une utilisation inappropriée.
Nous devons encourager, faire pression, harceler l’UE et les gouvernements nationaux pour qu’ils ne se dérobent pas aux engagements – explicites et implicites – en faveur d’une réglementation robuste de l’IA dans le secteur éducatif – qui, dans la loi européenne sur l’IA, est défini comme un secteur à haut risque.
Nous devons contrer l’influence corrosive et subversive du lobby Ed-Tech, richement financé – en reconnaissant qu’elle est complétée par des menaces spécifiques de l’administration Trump visant à punir l’Europe si elle ne recule pas ou n’affaiblit pas substantiellement son cadre réglementaire tel que défini dans la loi sur l’IA.
Compte tenu de l’attraction gravitationnelle du rapport Draghi pour la Commission européenne actuelle, nous devons persuader les décideurs que la compétitivité ne s’obtient pas par la capitulation face à la motivation de profit des Ed-Tech mais, plutôt, par la protection et l’amélioration d’une éducation de haute qualité pour tous, qui peut inclure l’utilisation de technologies activées par l’IA lorsque cela est approprié et conforme à une bonne pratique pédagogique.
Il est d’une importance critique que nous affirmions et défendions nos valeurs professionnelles et, à cet égard, que nous promouvions les principes fondamentaux de l’autonomie professionnelle, de la liberté académique et de la pleine implication dans la prise de décision qui affecte notre pratique professionnelle.
À cette fin, nous devons :
- exiger que le CSEE et ses syndicats affiliés soient pleinement impliqués dans l’élaboration de lignes directrices et de garde-fous qui aideront nos membres à agir avec acuité et prudence professionnelles lorsqu’ils utilisent l’IA dans l’éducation et, dans ce contexte, défendre le droit des syndicats d’enseignants à participer à la co-conception et à la gouvernance de l’IA dans l’éducation,
- s’opposer aux achats imprudents ou hâtifs de technologies activées par l’IA avec des fonds publics,
- plaider pour et, autant que possible, aider au développement au niveau européen et national d’une capacité et d’une infrastructure IA indigènes qui respectent nos valeurs et reconnaissent la riche diversité linguistique et culturelle de la région européenne,
- exiger le niveau d’investissement public nécessaire pour atteindre cet objectif.
Cette conférence nous donne l’occasion d’en apprendre davantage sur les avantages et les risques potentiels et de définir une stratégie en conséquence, afin que nous puissions apporter une perspective cohérente et convaincante des syndicats européens de l’éducation à la conférence de l’IE sur l’IA dans l’éducation en décembre.
Partons donc d’ici, de Copenhague, avec une confiance renouvelée et la détermination de prendre des mesures appropriées au niveau national et européen et d’aligner ces actions sur la campagne en cours « Go Public! Fund Education » et notre défense de la démocratie.
John MacGabhann Président, CSEE