Stratégie européenne pour les universités 2022 : amie ou ennemie ?

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La Stratégie européenne pour les universités est une initiative qui vise à renforcer la coopération transnationale entre les universités et à accroître l'implication des entreprises dans le secteur de l'enseignement supérieur, tout en cherchant simultanément à préparer l'enseignement supérieur pour l'avenir. Le 18 janvier 2022, deux nouveaux documents ont été publiés par la Commission européenne dans le cadre de la Stratégie européenne pour les universités : la Communication de la Commission sur la Stratégie européenne pour les universités contenant des informations sur les actions de la Commission européenne prévues jusqu'en 2024, et une proposition de Recommandation du Conseil sur la construction de passerelles pour une coopération européenne efficace dans le domaine de l’enseignement supérieur avec des recommandations aux États membres de l'UE.

La proposition de Recommandation du Conseil comprend plusieurs nouvelles actions, notamment des recommandations aux États membres de l'UE pour : permettre aux établissements d'enseignement supérieur de développer et de mettre en œuvre des activités éducatives transnationales conjointes (au sein et au-delà de l'UE) ; mettre en place un statut juridique et fournir un soutien financier durable aux Alliances d’universités européennes et faciliter un diplôme européen conjoint d'ici 2024 ; de soutenir une plus grande mobilité pour les étudiant·e·s et le personnel (également en ligne) ; promouvoir et protéger la liberté académique et l'autonomie institutionnelle ; permettre la pleine mise en œuvre de l'Approche européenne pour l'assurance qualité des programmes conjoints ; soutenir un apprentissage collaboratif virtuel de haute qualité ; et encourager l'implication des apprenant·e·s, des universitaires et des chercheur·euse·s dans la gouvernance des structures institutionnelles de coopération transnationale de l'enseignement supérieur.

Le CSEE se félicite que les documents publiés par la Commission européenne soulignent l'importance de parcours de carrière et de conditions de travail attrayants pour les universitaires et les chercheur·euse·s, le rôle des universitaires et des chercheur·euse·s dans la gouvernance, une approche inclusive et diversifiée de l'apprentissage et de l'enseignement, et la reconnaissance du fait que l'enseignement supérieur secteur de l'éducation est sous-financé. Cependant, le CSEE regrette que bon nombre des questions soulevées dans son document de prise de position, rédigé en réponse aux Conclusions du Conseil de 2021 relatives à l'initiative « universités européennes » - Mettre en relation l’enseignement supérieur, la recherche, l’innovation et la société pour jeter les bases d’une nouvelle dimension pour l’enseignement supérieur, n’aient n'a pas été traitées de manière appropriée. Ces questions comprennent la garantie d'un financement public durable des universités, la protection efficace de l'autonomie institutionnelle et de la liberté académique, la fin de la précarité et des mauvaises conditions de travail des universitaires et la garantie de l'implication des partenaires sociaux dans la prise de décision.

L'objectif de la Commission européenne pour la nouvelle initiative est de faire passer le nombre d'alliances des universités européennes de 41 à 60 d'ici la mi-2024 avec la participation de plus de 500 universités. La nouvelle initiative promeut l'établissement d'un statut juridique pour les projets d'alliances d’universités européennes, afin d'introduire des labels de « diplôme européen » pour leurs programmes communs, tout en leur demandant de partager leurs ressources, y compris les universitaires. Les organisations membres du CSEE considèrent ces recommandations comme une étape importante vers l'harmonisation de l'enseignement supérieur et de la recherche, ce qui représente un risque énorme pour l'autonomie institutionnelle et la compétence nationale en matière d'éducation. En outre, même si la proposition du Conseil demande aux pays de respecter la liberté académique, elle promeut en même temps davantage de partenariats entreprises-universités pour la conception des programmes, l'embauche de non-universitaires dans les universités et l'utilisation des universités comme départements de recherche et développement des entreprises. Cela réduira par conséquent de plus en plus la liberté académique et l'autonomie institutionnelle. En outre, le CSEE est préoccupé par la politique de l'UE visant à étendre les micro-certificats au sein de l’enseignement supérieur au lieu d'améliorer les investissements dans le secteur universitaire et d'offrir un salaire et des conditions de travail décents aux universitaires.

Le CSEE a informé ses organisations membres de cette initiative politique et de la possibilité de faire pression sur les gouvernements pour qu'ils incluent les revendications des syndicats de l'enseignement dans les négociations. La Recommandation du Conseil devrait être adoptée par le Conseil « Education » de l'Union européenne les 4 et 5 avril 2022.

La Proposition de Recommandation du Conseil sur la construction de passerelles pour une coopération européenne efficace dans le domaine de l'enseignement supérieur est disponible ici  dans toutes les langues de l'UE. Elle était accompagnée de la Communication de la Commission sur une Stratégie européenne pour les universités, disponible ici dans toutes les langues de l'UE.